
Nicolas Malebranche était un prête de l’Oratoire et appartient au courant des cartésiens. Dieu est, selon lui, la seule cause efficace. Quant aux choses crées, elle ne sont que l’occasion de l’exercice de la volonté divine. Telle est la toute-puissance de Dieu, radicale et souveraine, toute-puissance que Malebranche souligne dans toute son oeuvre. Il s’agit donc d’une pensée fortement imprégnée de théologie, dans laquelle est une créature modeste et dépendante.
L'objet de l'œuvre est de montrer au philosophe Chinois que le Ly n'est pas la conception la plus parfaite de Dieu en l'amenant à considérer la notion d'une divinité absolument transcendante.Pour Malebranche, qui s'appuie sur la tradition scolastique de Tchou Hi, la notion de Ly se caractérise par les points suivants :
il y a deux genres d'êtres : le Ly et la matière qui sont éternels ;
le Ly, qui est la souveraine raison, est une forme de la matière, il ne subsiste pas sans elle (formulation aristotélicienne, voir thomasienne) ;
le Ly n'est ni sage, ni intelligent, ni libre ; il agit sans volonté par la seule nécessité de sa nature (formulation spinoziste) ;
l'esprit est de la matière subtilisée, et ainsi le Ly est ce qui éclaire l'homme.
Le Dieu annoncé par les chrétiens s'est annoncé lui-même dans la Bible : il est celui qui est. Pour Malebranche, cela signifie que Dieu est l'être qui renferme en son essence toutes les perfections de tous les êtres. C'est cette thèse que le chrétien va devoir prouver tout au long du dialogue, contre les objections du Chinois qui est cependant disposé à recevoir tout ce qui se présente avec évidence.
Dieu est sans doute l'idée la plus excellente de toutes, mais le Chinois y oppose plusieurs difficultés dont la discussion constitue l'ensemble de l'entretien :
Dieu est l'infini, mais l'infini n'existe pas ;
Si nous apercevons l'infini, cette perception est en réalité la perception de l'esprit par lui-même.
Extrait :
Une personne très respectable, et digne de foi, s'il en fut jamais, m'ayant assuré que par le commerce qu'il avait eu avec les Chinois lettrés, il avait appris que leurs sentiments sur la divinité étaient tels que je vais les exposer ; et m'ayant sollicité plusieurs fois de les réfuter, de manière néanmoins que je me servisse des vérités qu'ils reçoivent pour rectifier la fausse idée quíils ont de la nature de Dieu, je me suis cru dans une espèce d'obligation de lui obéir ; espérant que peut-être mes raisons serviraient aux missionnaires qui travaillent à la conversion de ces peuples. Je ne sais si pour justifier mon obéissance, je puis ajouter, que
la personne dont je parle, m'a assuré que les Chinois goûtaient fort mes sentiments ; et que dans une lettre d'un père jésuite de la Chine à leurs pères de France, jíai lu le sens de ces paroles : ne nous envoyez point ici de vos savants dans la philosophie, mais ceux qui savent les mathématiques, et les ouvrages du père Malebranche. Au reste ce n'est ni par les ordres de la personne dont je viens de parler, ni par mes soins, que l'entretien a été imprimé. On en a obtenu líapprobation sans mÍme que je le susse. Je ne regardais pas ce livret comme un pré'sent digne díÍtre offert au public. J'avoue cependant que je me suis rendu au désir que mes amis avaient qu'il fût imprimé, et cela pour deux raisons : la première, parce que l'on m'a représenté que j'y démontrais des vérités d'une extrême conséquence, et qu'il pouvait servir à réfuter le libertinage ; ceux qui le liront avec attention, jugeront de ce qui en est. La seconde raison, cíest que les copies manuscrites, s'étant répandues dans le monde, il courait un bruit que j'écrivais contre les pères jésuites. J'ai cru que mon écrit paraissant, ce bruit mal fondé se dissiperait...
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