
Qui se souvient aujourd’hui de Charles Monselet ? Il fait partie de cette longue cohorte des écrivains français du XIXème siècle chassés des étagères des bibliothèques et relégués dans le fin fond des oubliettes, en compagnie d’auteurs comme Paul Saunière, Gustave de La Landelle, Ernest Capendu, Maurice Drack ou encore Fortuné du Boisgobey. Ce fut un journaliste, romancier, poète et auteur dramatique français, surnommé « le roi des gastronomes » par ses contemporains. Il possède à son actif une quarantaine d’ouvrages dont La Franc-maçonnerie des femmes que je vous présente aujourd’hui et qui parut en quatre volumes en 1856 chez Michel Levy frères. Ironie du sort, il a publié chez le même éditeur Les Originaux du siècle dernier, les oubliés et les dédaignés. Pouvait-il prévoir que pareille mésaventure lui serait préjudiciable ?
"Dans La Franc-maçonnerie des femmes, véritable chef-d'oeuvre méconnu, Charles Monselet déroule une intrigue d'une incroyable modernité et mêle, dans un style d'une rare élégance, humour, suspense et féminisme avant l'heure. Un roman jubilatoire où l'on croise hommes d'honneur, doux-dingues et femmes fatales autant que femmes d'esprit.
Extrait :
..." Encore un de ces événements épouvantables et mystérieux dont les environs de Paris semblent avoir depuis quelque temps le funeste monopole ! Dans la nuit du 10 au 11, la dame Abadie, habitant sur sa propriété, aux environs d'Ecouen,m a été victime, elle et sa domestique, d'un horrible assassinat dont les auteurs sont jusqu'à présent demeurés inconnus. On suppose que la cupidité seule a été le mobile de ce double meurtre qui fait actuellement le sujet de toutes les conversations de l'arrondissement, où Mme Abadie était généralement aimée et estimée...
...Quelques personnes, ses contemporains, s'obstinaient à reconnaître en elle une de ces déesses de la Raison que le fanatisme révolutionnaire promena jadis publiquement dans les rues".
"CHAPITRE XVI
Historique.
Le moment est venu de préciser les origines de la Franc-maçonnerie des femmes, et de déterminer l’époque de sa formation en France. Les périodes de luttes et de dangers ont toujours inspiré aux âmes héroïques la pensée de se réunir pour opposer à la force brutale une intelligente protestation. Cette pensée de protestation a dû naturellement être permanente chez un sexe que la législation de tous pays place dans une position subalterne et dépendante.
Aussi, à toutes les époques de l’histoire, voyons-nous se manifester tantôt par la ruse, tantôt par la grâce, souvent même par la cruauté, la résistance énergique des femmes ; résistance plus opiniâtre, plus persistante que celle des esclaves dans l’antiquité et des serfs au Moyen Âge. Les esclaves, en effet, devaient avoir leur Christ dans Spartacus ; les Jacques et les Maillotins devaient avoir 89 ; mais dans la lutte des femmes, lutte désespérée et qui ne prévoit pas encore son sauveur, les tentatives devaient être continuelles. Arria, la conjurée stoïque ; Galswinthe, cette touchante victime des âges mérovingiens ; Hermangarde, la compagne de l’empereur Franck ; Geneviève de Paris, Héloïse, Jeanne d’Arc, les femmes de Beauvais, Charlotte Corday, continuent la protestation du dévouement ; de même que Tullie, Frédégonde, Anne d’Angleterre, dona Olimpia, Christine de Suède, Théroigne représentant la rivalité ouverte, la protestation vindicative et féroce ; de même, enfin, que Sapho, les Sibylles, Hypathie, la religieuse Hroswita, Christine de Pisan et Mme de Staël continuent la protestation éclatante du génie et de la force intellectuelle."...
. CLIQUEZ ICI POUR TÉLÉCHARGER LIVRE