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J’avais dû quitter Moscou, convoqué pour une affaire aussi désagréable qu’ennuyeuse, que je terminai seulement vers dix heures du soir. Fatigué, de mauvaise humeur, mais libre de cette préoccupation spéciale, je me dirigeais rapidement du côté de la gare, en homme qui a constamment sur lui une liste de visites quotidiennes à faire par dizaine. Je murmurais, je maudissais… qui ? vraiment je ne le savais pas. J’étais fâché contre tout le monde ; contre ceux qui m’avaient appelé pour cette affaire stupide, contre moi-même d’être venu, contre les chiens, dont je devinais l’existence en cet endroit, contre l’été humide et les ténèbres, qui régnaient déjà partout et en particulier dans les chemins étroits et enchevêtrés qui coupaient les villas. Le milieu de la route était à peu près visible, mais les côtés où serpentait le sentier suivi par les piétons, se trouvaient dans l’ombre des grands arbres — et me semblaient noirs comme mon âme. À ce moment de la soirée il aurait dû faire plus clair — on était aux derniers jours de juin — mais un orage violent accompagné de rafales et d’une pluie torrentielle venait de cesser : les nuages plus espacés ne se dissipaient pas encore, comme s’ils avaient eu autant de peine que moi à se mouvoir dans cette atmosphère chaude et moite. Par instants, ils se ravisaient, et, tel un ivrogne, se rappelant qu’il a encore cinq copecks dans sa poche, revient sur ses pas et jette avec fracas sa monnaie au marchand de vin surpris, ils laissaient tomber quel ques rares gouttes attardées, qui frappaient paresseusement l’herbe et les feuilles avec un bruissement sourd. Les arbres ne s’agitaient pas mais, lorsque je buttais de l’épaule contre quelque tronc, ou que mon pied se prenait dans un buisson, des gouttes nombreuses et tièdes misse laient sur moi. Déjà l’idée me venait que j’étais égaré, quand soudain les arbres s’écartèrent, puis disparurent et, à quelques pas de là, dans une éclaircie, les rails mouillés brillèrent d’un éclat amorti.. CLIQUEZ ICI POUR TÉLÉCHARGER LIVRE